Le gouvernement de la République Démocratique du Congo vient d’instaurer une nouvelle redevance de sécurité aérienne de 30 dollars américains par passager, applicable à chaque vol commercial, aussi bien à l’arrivée qu’au départ des aéroports du pays. Cette mesure, officialisée à travers un contrat de partenariat public-privé signé le 24 juillet 2025, continue de susciter des débats intenses au sein de l’opinion publique et des milieux du transport aérien.
Le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo, a signé ce contrat avec la société américaine Securiport LLC, spécialisée dans les systèmes de sécurité et de contrôle biométrique aux frontières. L’objectif affiché du partenariat : renforcer la sécurité aéroportuaire, moderniser les dispositifs de contrôle d’identité et lutter contre les menaces transnationales telles que la fraude documentaire, le trafic illicite et le terrorisme.
Selon le contenu du contrat consulté par Congo7.net le mardi 04 novembre 2025, la société Securiport percevra une rémunération forfaitaire de 30 dollars américains (USD) par passager pour les services fournis. Cette taxe s’applique à tous les vols commerciaux et s’ajoute à la redevance déjà existante du GoPass, fixée à 55 dollars, ce qui porte le coût total des redevances aéroportuaires à 85 dollars par passager sur les vols internationaux.
Le texte prévoit que cette somme soit prélevée automatiquement sur chaque billet émis, afin de financer la mise en place d’un système intelligent d’analyse de données biométriques, de suivi des passagers et de détection des risques sécuritaires.
Les modalités de gestion financière sont clairement définies dans l’article 38 du contrat :85 % des recettes générées par la taxe reviendront à Securiport,tandis que 15 % seront versées à l’État congolais.
Un compte bancaire conjoint entre le Gouvernement et la société partenaire sera ouvert en dollars américains pour recevoir et répartir mensuellement les fonds collectés.
Si le ministère de l’Intérieur justifie cette clé de répartition par les investissements technologiques considérables à consentir pour moderniser la sécurité aérienne, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une asymétrie économique flagrante au détriment du Trésor public.
L’annonce de cette redevance provoque déjà de vives réactions dans les milieux de l’aviation et parmi les usagers, mais aussi sur les réseaux sociaux. Des compagnies aériennes et associations de consommateurs y voient une charge financière supplémentaire pour les passagers, dans un contexte où le coût du transport aérien en RDC figure déjà parmi les plus élevés d’Afrique centrale.
Certains analystes estiment que cette mesure pourrait freiner la mobilité régionale, voire réduire le volume de passagers, en particulier pour les voyageurs congolais qui se déplacent régulièrement entre les provinces ou vers les pays voisins.
D’autres, en revanche, soulignent l’importance d’un renforcement technologique des aéroports congolais, souvent critiqués pour leur manque de dispositifs modernes de contrôle et de surveillance.
Cette décision n’est pas sans rappeler un épisode antérieur : en février 2024, Roland Kashwantale, alors Directeur Général de la Direction Générale de Migration (DGM), s’était opposé publiquement à la mise en œuvre d’un projet similaire, jugeant qu’il était inacceptable d’« imposer aux passagers des coûts additionnels pour des services de sécurité qui relèvent des prérogatives régaliennes de l’État ».
À l’époque, la contestation avait conduit à la suspension temporaire de la mesure. La relance de ce partenariat, un an plus tard, dans un contexte socio-économique encore fragile, suscite donc une forme de méfiance chez plusieurs observateurs.






